Salut,
Dans le GD parisien, nous avons eu une discussion intéressante sur la question de la mémorisation (de l'orthographe) et de la MNLE. Plusieurs points de débat ont émergé après la présentation des recherches d'une camarade, notamment sur les boites de Leitner.
- Il s'agit avec l'idée des boites de Leitner de prendre au sérieux le besoin de répétition dans la mémorisation et d'organiser d'organiser cette dernière d'une manière rationnelle. Pour faire vite, il s'agit de faire passer un item à apprendre de boites en boites, qui vont permettre des temps de révision de plus en plus espacé. Au sein du GD, nous étions plusieurs à être intéressé faisant le constat que la mémorisation était un peu un angle mort de nos pratiques. Effectivement, nos "répertoires orthographiques", "remarques orthographiques" et autres leçons avaient finalement du mal à être investi sur le long terme pour effectuer un réel travail de mémorisation. Nous nous posions toutefois la question de comment adapter un dispositif comme les boites de Letiner à la méthode naturelle : soit à des "remarques orthographiques" collectives issues de textes "toilettés", soit à des collectes individuelles venant du travail de correction des textes libres.
- Cette question a suscité un autre débat sur la question didactique. Qui pourrait se résumer à celui ci : le discours de la PF traditionnel dit partir "des besoins d'écriture" de l'enfant pour lui apprendre l'orthographe. Cependant, cela peut amener à un travail de mémorisation qui semble à certain·es peu rationnel car les besoins à un moment donné ne correspondent pas forcément à des règles de fréquence ou à une logique didactique.
Ex 1 : l'élève veut écrire le mot kangourou, est-il intéressant qu'il mémorise l'orthographe de ce mot quand la graphie [k] est quasiment inexistante en français ? Ne vaut-il pas mieux faire mémoriser des règles en fonction de la fréquence ("le plus souvent, les mots qui commencent par le son [k] commencent par un C, comme dans canard")
Ex 2 : apprendre à écrire les adverbes en -ement sans être capable d'identifier un adverbe /
les sons [oir] à la fin d'un mot s'écrivent le plus souvent OIRE pour les verbes (comme dans BOIRE) et OIR pour les noms masculins (comme un abreuvoir) => pour maîtriser cette "tendance orthographique", cela suppose d'être capable de distinguer de manière experte les noms masculins des noms féminins et des verbes. Il serait donc absurde d'enseigner cette règle à un enfant de CE1.
Cela pose donc la question de l'articulation entre une didactique de l'orthographe rationnelle qui essaye de se focaliser sur les régularités de la langue plutôt que les exceptions, et la MNLE, qui voudrait partir "des besoins" de l'enfant.
Comment gérez-vous ces questions ? Avez-vous ce genre de discussions dans vos GD ?
Arthur, GD75
MNLE et mémorisation
-
HERINX Georges
Re: MNLE et mémorisation
Bonjour à toustes,
Cette discussion sur la mémorisation, me fait repenser à ce que j’avais fini par mettre en place dans mes classes, au fil des années. Ça avait commencé par l’étude de la thèse de Jean Legal : « Savoir écrire nos mots. »
Pour parvenir à mettre en pratique à mon niveau (classe unique, puis les CE1 de mon CP/CE1), je m’étais inspiré de la technique du « Studiomètre ».
Ainsi nous collectionnions des mots, des expressions, des séries de mots liés par une question orthographique ou grammaticale pour lesquels il avait fallu résoudre quelque chose, au fur et à mesure de nos présentations de textes libres.
Chaque occurrence était affectée d’un n°, dans l’ordre des rencontres et ce corpus servait de matière à un travail de mémorisation : tous les soirs, les enfants en recopiaient 5 à 7 n° que je leur mettais au tableau. Selon le « Studiomètre », il fallait choisir ces n° selon une progression géométrique, mais en commençant par les 1, 2 (voire 3) qui n’avaient pas réussi dans la restitution précédente, de telle manière que l’on revoie les n° juste avant de risquer de les oublier.
Ces restitutions, c’étaient les dictées de mots qui avaient lieu chaque matin sur la liste recopiée la veille au soir et réétudiée à la maison. (Dans les premières semaines, je faisais une « dictée visuelle » au moyen d’étiquettes tournantes).
Quand je présentais ce travail aux parents lors de la réunion de début d’année, plusieurs personnes trouvaient cela bien lourd. Mais chaque année le même scénario avait lieu : les enfants s’apercevaient assez vite qu’ils réussissaient plutôt bien et en quelques semaines, ils s’emparaient du système et devenaient autonomes à la fois dans l’étude chez eux et l’exécution de la restitution le lendemain dans leur cahier en arrivant en classe : je n’avais donc plus à m’occuper de leur dicter. Ainsi se développait une transmission implicite de réflexes d’écriture .
Le défaut du truc, c’est que nous aboutissions à un corpus collectif basé sur la mise en commun d’une partie de leurs textes. Il aurait fallu que je trouve le moyen que chaque enfant ait sa liste personnelle. A contrario, la qualité de l’affaire c’est que nous portions notre effort de mémorisation sur des éléments sur lesquels nous nous étions expliqués – et parfois les explications étaient chaudes, lors de la présentation des textes libres. On pourrait appeler ça « de l’implicite nourri » !
Quelques anciens élèves que j’ai retrouvés des années après, m’ont reparlé de l’efficacité de ce travail de mémorisation.
Voilà. Je ne sais pas si c’est très « Freinet » de faire des trucs comme ça. Mais ça aidait bien les gamins et pour moi c’est tout ce qui comptait. Georges Hérinx
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Cette discussion sur la mémorisation, me fait repenser à ce que j’avais fini par mettre en place dans mes classes, au fil des années. Ça avait commencé par l’étude de la thèse de Jean Legal : « Savoir écrire nos mots. »
Pour parvenir à mettre en pratique à mon niveau (classe unique, puis les CE1 de mon CP/CE1), je m’étais inspiré de la technique du « Studiomètre ».
Ainsi nous collectionnions des mots, des expressions, des séries de mots liés par une question orthographique ou grammaticale pour lesquels il avait fallu résoudre quelque chose, au fur et à mesure de nos présentations de textes libres.
Chaque occurrence était affectée d’un n°, dans l’ordre des rencontres et ce corpus servait de matière à un travail de mémorisation : tous les soirs, les enfants en recopiaient 5 à 7 n° que je leur mettais au tableau. Selon le « Studiomètre », il fallait choisir ces n° selon une progression géométrique, mais en commençant par les 1, 2 (voire 3) qui n’avaient pas réussi dans la restitution précédente, de telle manière que l’on revoie les n° juste avant de risquer de les oublier.
Ces restitutions, c’étaient les dictées de mots qui avaient lieu chaque matin sur la liste recopiée la veille au soir et réétudiée à la maison. (Dans les premières semaines, je faisais une « dictée visuelle » au moyen d’étiquettes tournantes).
Quand je présentais ce travail aux parents lors de la réunion de début d’année, plusieurs personnes trouvaient cela bien lourd. Mais chaque année le même scénario avait lieu : les enfants s’apercevaient assez vite qu’ils réussissaient plutôt bien et en quelques semaines, ils s’emparaient du système et devenaient autonomes à la fois dans l’étude chez eux et l’exécution de la restitution le lendemain dans leur cahier en arrivant en classe : je n’avais donc plus à m’occuper de leur dicter. Ainsi se développait une transmission implicite de réflexes d’écriture .
Le défaut du truc, c’est que nous aboutissions à un corpus collectif basé sur la mise en commun d’une partie de leurs textes. Il aurait fallu que je trouve le moyen que chaque enfant ait sa liste personnelle. A contrario, la qualité de l’affaire c’est que nous portions notre effort de mémorisation sur des éléments sur lesquels nous nous étions expliqués – et parfois les explications étaient chaudes, lors de la présentation des textes libres. On pourrait appeler ça « de l’implicite nourri » !
Quelques anciens élèves que j’ai retrouvés des années après, m’ont reparlé de l’efficacité de ce travail de mémorisation.
Voilà. Je ne sais pas si c’est très « Freinet » de faire des trucs comme ça. Mais ça aidait bien les gamins et pour moi c’est tout ce qui comptait. Georges Hérinx
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