Dans mon collège, la réforme a été appliquée et les groupes ont été constitués. Ce ne sont pas de groupes de niveau, mais groupes il y a. Pour le niveau 5e, que j’ai assuré cette année, mes contraintes ont été multiples : les trois classes étaient séparées en 4 groupes ; les groupes de français et de maths devaient être les mêmes, car les professeurs des deux matières étaient alignés ; les élèves devaient pouvoir changer de groupe dans l’année.
Conséquence : il nous fallait le même matériel et la même progression annuelle. Ai-je vraiment besoin de vous dire que je suis la seule à enseigner en Pédagogie Freinet ? Ai-je besoin de vous dire que ce ne sont pas les autres qui se sont adaptés ?
Obligée à des pratiques que je condamne et coincée par un matériel que je réprouve, le silence de la liste de diffusion au sujet des groupes en français et en maths m’a semblé, alors, assourdissant. Rarement je me suis sentie aussi seule face à l’adversité. Et puis j’ai retroussé mes manches et j’ai décidé, fidèle à mes habitudes, que j’allais atomiser les choses de l’intérieur et glisser des techniques Freinet dans chaque interstice jusqu’à ce qu’elles prennent le dessus, et je ne doutais pas qu’elles le feraient : elles sont bien plus puissantes.
En premier lieu, j’ai gardé le Quoi de neuf ? et le journal qui en découle. Les six premières semaines, j’ai scrupuleusement appliqué la séquence pédagogique de lettres, telle qu’on nous préconise de la faire (et telle que je l’ai pratiquée pendant 8 ans), avec ces objectifs de lecture/écriture/oral/langue qui font si beau sur papier. Et au bout de six semaines, j’ai fait le constat que vous imaginez : les élèves n’avaient rien appris… sinon à prendre la parole en public (merci le Quoi de neuf ?).
En novembre, j’ai introduit l’étude de la grammaire par analogie, à partir du journal. Mes élèves ont commencé à apprendre quelque chose, mais le comportement était toujours problématique. En janvier, j’ai rétabli le texte libre et la mise au point (collective et individuelle). C’est là que leur comportement s’est transformé ; mais je m’inquiétais car ni leur orthographe, ni la construction de leurs écrits ne s’améliorait. Les groupes ayant changé trois fois dans l’année, il fallait sans cesse recommencer - le dernier changement date d’avril.
Fin mai, pour le week-end de l’Ascension, je suis partie avec des textes libres à corriger. Et je ne l’ai pas regretté : la hausse des compétences était enfin là… avec cinq mois de retard par rapport aux années précédentes, donc.
Je n’ai pas réussi à rétablir l’intégralité de mes pratiques, ce qui me chiffonne beaucoup ; mais j’obtiens quand même un résultat avec un « système minimal de PF », si je puis dire, et il me semble que c’est intéressant à partager. Je n’oublie pas que nous sommes nombreux à œuvrer en milieu hostile.
Et je serai bien curieuse de savoir avec quelles barricades vous avez su résister...
Réforme du collège : les groupes de niveau
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Marjorie Cohen
- Messages : 14
- Enregistré le : lun. 17 mai 2021 11:29
Réforme du collège : les groupes de niveau
Marjorie Cohen
Lettres Classiques
Lycée Madeleine Michelis
Amiens (Somme)
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Julien Rougelot
- Messages : 4
- Enregistré le : mar. 4 mai 2021 20:49
Re: Réforme du collège : les groupes de niveau
Merci Marjorie de relancer le forum et qui plus est sur le sujet des groupes de niveau.
C'est drôle parce que depuis quelques semaines, je prépare petit à petit un mail pour la liste Freinet_2nd degré et qu'il trouve là une occasion d'être partagé. Cette proposition ne se situe pas tout à fait sur le même plan que le message de Marjorie. Il ne s'agit pas là d'une résistance individuelle à travers les techniques Freinet en classe mais un travail collectif avec les collègues disciplinaires (qui ne sont pas à l'ICEM). Mais il me semble que cela constitue aussi une "barricade" et un beau terrain de travail potentiel avec les collègues. Je pense que nous avons besoin de ne pas être seul.e dans nos établissements.
Le SOUAP (Soutien et Accompagnement Personnalisé) est une initiative construite depuis 2 ans dans mon collège par l'équipe maths et qui est une alternative viable et que nous jugeons pertinente aux groupes de niveau. Pour faire simple, il s'agit de constituer une heure par quinzaine trois groupes à partir de deux classes. Dans un collège REP comme le mien, cela signifie donc des groupes d'une quinzaine d'élèves.
En termes de moyens horaires, cela ne coûte que très peu : 0.5h semaine pour 2 classes soit moins que de la co-intervention. Ces groupes sont hétérogènes et fixes à l'année avec le.a même enseignant.e. Nos directions (j'emploie le pluriel parce que nous avons plusieurs chefs différents) ont accepté cette proposition en lieu et place des groupes de niveau, y compris pour l'an prochain. Si cela peut inspirer d'autres équipes de lettres et de maths dans d'autres collèges...
Dans mon collège, nous avons fait le choix d'utiliser ce SOUAP de manière collective à l'échelle de l'équipe maths pour travailler la maîtrise technique par les élèves (enjeu crucial en mathématiques comme dans d'autres disciplines). Il y a là d'ailleurs un écho avec des échanges qui ont eu lieu sur cette liste autour des exercices auto-correctifs. Concrètement, nous nous mettons d'accord en équipe sur un thème pour quelques séances (par exemple, la proportionnalité en 6ème, le repérage des relatifs en 5ème...), nous construisons en équipe les documents auto-correctifs. Cela construit à la fois de la coopération entre collègues disciplinaires, du travail didactique, entre autre sur le développement de la pensée et des échanges autour de nos postures professionnelles.
Dans chaque groupe, les élèves sont ensuite autonomes sur les exercices, les corrections sont accessibles, un tableau des réussites donne à voir les progrès de chacun.e et facilite la demande d'entraide et de tutorat... bref quelque chose qui ressemble à l'usage qui peut être fait des fichiers PEMF en classe Freinet dans le premier degré.
Bien évidemment, cela ne répond pas à de nombreux enjeux de la méthode naturelle. Par exemple, l'expression des enfants, la postparation, la problématisation par le groupe, l'enfant-auteur.rice ne sont pas particulièrement travaillés en SOUAP. Mais j'ai la prétention de penser que cela est déjà un pas réel collectivement dans l'institution telle qu'elle est et nous contraint. C'est à ce titre que la partage.
Julien Rougelot au collège Julien Lambot à Trignac dans le 44
C'est drôle parce que depuis quelques semaines, je prépare petit à petit un mail pour la liste Freinet_2nd degré et qu'il trouve là une occasion d'être partagé. Cette proposition ne se situe pas tout à fait sur le même plan que le message de Marjorie. Il ne s'agit pas là d'une résistance individuelle à travers les techniques Freinet en classe mais un travail collectif avec les collègues disciplinaires (qui ne sont pas à l'ICEM). Mais il me semble que cela constitue aussi une "barricade" et un beau terrain de travail potentiel avec les collègues. Je pense que nous avons besoin de ne pas être seul.e dans nos établissements.
Le SOUAP (Soutien et Accompagnement Personnalisé) est une initiative construite depuis 2 ans dans mon collège par l'équipe maths et qui est une alternative viable et que nous jugeons pertinente aux groupes de niveau. Pour faire simple, il s'agit de constituer une heure par quinzaine trois groupes à partir de deux classes. Dans un collège REP comme le mien, cela signifie donc des groupes d'une quinzaine d'élèves.
En termes de moyens horaires, cela ne coûte que très peu : 0.5h semaine pour 2 classes soit moins que de la co-intervention. Ces groupes sont hétérogènes et fixes à l'année avec le.a même enseignant.e. Nos directions (j'emploie le pluriel parce que nous avons plusieurs chefs différents) ont accepté cette proposition en lieu et place des groupes de niveau, y compris pour l'an prochain. Si cela peut inspirer d'autres équipes de lettres et de maths dans d'autres collèges...
Dans mon collège, nous avons fait le choix d'utiliser ce SOUAP de manière collective à l'échelle de l'équipe maths pour travailler la maîtrise technique par les élèves (enjeu crucial en mathématiques comme dans d'autres disciplines). Il y a là d'ailleurs un écho avec des échanges qui ont eu lieu sur cette liste autour des exercices auto-correctifs. Concrètement, nous nous mettons d'accord en équipe sur un thème pour quelques séances (par exemple, la proportionnalité en 6ème, le repérage des relatifs en 5ème...), nous construisons en équipe les documents auto-correctifs. Cela construit à la fois de la coopération entre collègues disciplinaires, du travail didactique, entre autre sur le développement de la pensée et des échanges autour de nos postures professionnelles.
Dans chaque groupe, les élèves sont ensuite autonomes sur les exercices, les corrections sont accessibles, un tableau des réussites donne à voir les progrès de chacun.e et facilite la demande d'entraide et de tutorat... bref quelque chose qui ressemble à l'usage qui peut être fait des fichiers PEMF en classe Freinet dans le premier degré.
Bien évidemment, cela ne répond pas à de nombreux enjeux de la méthode naturelle. Par exemple, l'expression des enfants, la postparation, la problématisation par le groupe, l'enfant-auteur.rice ne sont pas particulièrement travaillés en SOUAP. Mais j'ai la prétention de penser que cela est déjà un pas réel collectivement dans l'institution telle qu'elle est et nous contraint. C'est à ce titre que la partage.
Julien Rougelot au collège Julien Lambot à Trignac dans le 44
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Julien Rougelot
- Messages : 4
- Enregistré le : mar. 4 mai 2021 20:49
Re: Réforme du collège : les groupes de niveau
J'ai oublié de préciser que dans mon collège, pour l'an prochain, l'équipe lettres a adopté également ce fonctionnement en SOUAP. C'est donc bien un dispositif qui peut essaimer...
Julien Rougelot au collège Julien Lambot à Trignac dans le 44
Julien Rougelot au collège Julien Lambot à Trignac dans le 44